07 août 2010

La guerre de Crimée, cette guerre méconnue

Jean Augustin Bouzanne est décédé à Sébastopol en Crimée le 10 décembre 1854. Il était né 21 ans plus tôt le 18 novembre 1833 à Saix, ville appartenant au canton de Les Trois Moutiers dans le département de la Vienne, fils de Louis Bouzanne et de Anne Diot.

Son acte de décès nous apprend qu'il est mort à l'hôpital de campagne dressé devant Sébastopol des suites du choléra (cliquer sur l'image pour l'agrandir).

Jean_Augustin_1854

Mais pour quelle cause avait-il été combattre en Crimée, territoire autrefois situé en Russie, aujourd'hui constituant une république autonome de l'Ukraine. Un retour dans le passé s'impose pour rappeler ce que fut cette guerre méconnue, opposant la Russie impériale à une coalition comprenant les Empires Français et Ottoman, le Royaume Uni et le Royaume de Piémont-Sardaigne.

L'origine de cette guerre nait d'une querelle opposant les moines français catholiques aux moines russes orthodoxes pour la protection des lieux saints en Palestine. Ce conflit va servir de prétexte au tsar de Russie Nicolas 1er qui veut imposer sa domination sur l'Empire Ottoman en déclin et s'assurer ainsi du contrôle du commerce maritime entre la Mer Noire et la Mer Méditerranée en ayant la mainmise sur les détroits. Or, l'Angleterre veut préserver ses intérêts sur le contrôle de la route des Indes en maintenant l'intégralité de cet Empire. Les français et les russes  vont cependant conclure un accord à la fin du mois d'avril 1853 qui établit une nouvelle répartition des lieux saints plus favorable aux moines orthodoxes. Mais le sultan ottoman refusant cet accord, le tsar Nicolas 1er fait occuper les provinces roumaines de Moldavie et de Valachie le 1er juillet 1853 ; cette occupation entraine l'Empire Ottoman a déclaré la guerre à la Russie le 4 octobre 1853.

Le 27 mars 1854, l'ultimatum sommant la Russie d'évacuer ces provinces étant resté sans réponse, l'Angleterre déclare à son tour la guerre à la Russie avec l'appui de la France, Napoléon III manifestant ainsi sa bonne volonté à l'égard de la reine Victoria et désireux de briser l'isolement politique du pays depuis 1815 accentué par la proclamation de l'Empire. Les russes évacuent ces provinces à la suite du débarquement des troupes franco-anglaises à Varna le 29 avril 1854 et sous la pression de l'Autriche qui menace de s'allier aux occidentaux, ; la coalition décide cependant de s'emparer de Sébastopol où la Russie a établi une puissante base navale.

Siège de Sébastopol (cliquer sur l'image pour l'agrandir)

prise_s_bastopol

Le 14 septembre 1854, l'armée franco-britannique débarque dans la baie d'Eupatoria, située au nord de Sébastopol, et met rapidement en déroute les troupes russes qui se sont retranchées sur les hauteurs de la rivière Alma. Mais l'incompétence du haut commandement allié, récurent tout au long de cette guerre, ne permet pas à celle-ci de mettre un terme rapide à ce conflit. De fait, l'armée russe va pouvoir ainsi se reformer dans la citadelle fortifiée de Sébastopol. Cette dernière ne tombera donc aux mains des alliés qu'à la suite de l'assaut du fort Malakoff le 7 septembre 1855 par le général Edmé de Mac Mahon, lequel doit surtout sa postérité à ses célèbres paroles "J'y suis. J'y reste". De Mac Mahon (1808-1893) sera promu maréchal de France en 1859 et deviendra président de la république française en 1873, présidence qu'il assurera jusqu'en 1879.

Le tsar Nicolas 1er étant mort le 2 mars 1855, son fils Alexandre II qui lui succède accepte par le traité de Paris du 30 mars 1856 de reconnaitre l'indépendance de l'Empire Ottoman, l'autonomie des principautés de Moldavie et de Valachie, la neutralité de la Mer Noire et la libre circulation sur le fleuve Danube.

Cette guerre aura provoqué la mort de 120.000 hommes chez les alliés, autant chez les russes, les français en ayant perdu à eux seuls 95.000, dont 75.000 de maladies. En effet, et c'est ce qui caractérise le plus ce conflit, les épidémies ont tué plus d'hommes que les combats! Le choléra, le typhus et la dysenterie ont été les conséquences d'une hygiène déplorable et de la mauvaise qualité de la nourriture, sans oublier les carences logistiques quant à l'approvisionnement des camps et la prise en charge des blessés.

Elle est aussi considérée comme étant la "première guerre moderne" par l'utilisation de nouvelles technologies et de nouveaux matériels, ainsi des armes à feu plus destructives et le télégraphe pour permettre un acheminement plus rapide des communications, ainsi l'utilisation de navires de guerre fortement armés, les cuirassés, pour appuyer l'intervention terrestre de l'infanterie. Par ailleurs, la tempête survenue le 14 novembre 1854 qui a provoqué le naufrage de nombreux navires et la destruction de matériels à terre a incité le français Urbain Le Verrier à mettre en place un réseau européen de surveillance météorologique afin de prévenir des changements de conditions climatiques. Enfin, c'est aussi l'apparition des premiers reportages photographiques de guerre faits à l'initiative du gouvernement britannique qui engagea Roger Fenton pour cette mission.

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